Des stations dédiées pour accueillir les mobilités en “free-floating”

 
 

De nouveaux services de mobilité à la conquête de l’espace urbain

Avec le développement accéléré des services de VTC, de livraison à domicile et plus récemment de véhicules en free-floating (scooters, vélos, trottinettes), l’accès et l’utilisation de la voirie est devenu un enjeu majeur, notamment en ce qui concerne les bords de trottoirs (curb-space en anglais).

Ainsi, le curb-space est la zone tampon entre la chaussée et le trottoir. Elle délimite généralement la circulation des véhicules et celle des piétons ainsi que l’accès aux pieds d’immeubles. C’est un espace transitoire extrêmement sollicité et dont l’accès est devenu très concurrentiel. Aujourd’hui, cet espace est en grande partie dédié au stationnement en voirie — plus de 136.000 à Paris — auquel s’ajoutent zones de livraison et stations Vélib, par exemple.

La micro-mobilité représente une incroyable opportunité pour les villes. Toutefois ce nouveau mode de transport partagé envahit aujourd’hui les trottoirs, déjà faiblement dimensionnés au regard de leur utilisation réelle. Là où la voiture est encore aujourd’hui reine, la micro-mobilité doit trouver la place qui lui revient dans la ville. La Ville de Paris est devenue un laboratoire à ciel ouvert de la micro-mobilité en libre-service. Ainsi, pas moins de 14 opérateurs en free-floating (scooters, trottinettes, vélos) exercent désormais leur activité dans la capitale. De 15.000 véhicules en circulation en février dernier, il est estimé que ce nombre atteindra 45.000 d’ici juin 2019, en raison de l’augmentation du parc des flottes et l’arrivé de nouveaux acteurs.

Depuis novembre dernier, l’équipe ViaNova s’est penchée sur la création d’emplacements dédiés aux services de mobilité partagée, en imaginant la reconversion de 1.000 places de stationnement en voirie en hubs de mobilité. Le stationnement en voirie est aujourd’hui l’unique espace disponible et pertinent.

En parallèle de l’annonce, par la Ville de Paris, de la création de 2.500 emplacements dédiés, nous décidons de partager notre méthodologie de maillage et supervision.

0_rmHYNED2mh83X9mi.jpeg

Un exemple de maillage de 1.000 stations pour la ville de Paris

Nous pensons qu’afin d’être le plus efficace possible, ce maillage doit être réalisé à l’aide de modèles mathématiques en utilisant les données de déplacements des parisiens et en prenant compte les contraintes d’espace de la ville. Cette solution permettra ainsi une neutralité optimale en faisant converger les intérêts de la ville, des opérateurs et des usagers.

L’objectif final est de servir au mieux les demandes de mobilité de la part des usagers en utilisant toute l’offre de transport disponible, notamment les véhicules en free-floating. Dans un premier temps, nous avons modélisé les déplacements quotidiens en utilisant les données de validation de la RATP et les données d’utilisation des Vélib, qui sont partiellement représentatifs des flux de mobilité intra-urbaine. Ces données de déplacements ont ensuite été traduites par une distribution géo-spatiale de la demande sur le territoire parisien. Enfin, nous avons utilisé les données publiques de la voirie pour modéliser la répartition des espaces de stationnement disponibles. À l’aide d’un algorithme d’optimisation, 1.000 emplacements ont ainsi été identifiés afin de faire coïncider efficacement offre et demande de mobilité utilisant des véhicules en free-floating. En complément des données publiques disponibles, ces emplacements doivent ensuite être audités sur site afin d’évaluer les changements physiques nécessaires.

Ce modèle est cependant perfectible, notamment à travers l’ajout des données d’usage des services de free-floating (vélos, trottinettes). Pour ce faire, nous avons commencé à travailler avec les opérateurs à un partage de données sécurisé et confidentiel.

L’usage étant essentiellement récréatif aujourd’hui, ces données historiques ne représentent pas en elles-mêmes les besoins futurs. La micro-mobilité en free-floating se démocratisera vers un usage plus global et fonctionnel. Ces données d’usage devront alors être considérées en complément de celles de modes de transport plus traditionnels (i.e. métro, RER, bus, voiture, etc.)

0_CQ_IkvDEiaePVnn9.png

Et ensuite ?

Un maillage de 1.000 stations peut sembler insuffisant au regard de la croissance estimée des flottes de véhicules en free-floating. Ainsi, pour une flotte de 35.000, nous estimons que 3.500 emplacements seraient nécessaires, compte tenu que chaque station peut contenir jusqu’à 8 trottinettes et 4 vélos en moyenne. Ce nombre représente une station tous les 100 à 150 mètres, assurant une densité importante, indispensable afin de répondre aux enjeux du premier et dernier kilomètre. Le choix de l’emplacement des stations et leur visibilité sont essentielles afin de garantir une facilité d’usage. La sécurité du site, la présence de parcs à vélos pour assurer une continuité dans l’aménagement, la fréquentation des monuments, des quartiers de bureaux et des zones résidentielles sont autant d’éléments à prendre en compte afin de définir le maillage.

La bonne utilisation des emplacements dédiés devrait ainsi être pilotée par la ville à travers des outils de gestion, alimentés en temps réel par les données GPS des véhicules. Cette plateforme de supervision permettrait ainsi de mieux comprendre les déplacements et d’améliorer les infrastructures en conséquence. Afin d’assurer une répartition homogène du service sur le territoire, nous pensons que la redevance statique devrait donner lieu à un pricing dynamique pour inciter les mises en place dans des zones moins desservies. Cela assurerait ainsi un équilibrage naturel de l’offre et de la demande sur l’ensemble du territoire.

Afin de préparer au mieux un futur urbain de plus en plus dense et potentiellement congestionné, il convient dès aujourd’hui de repenser les rues afin de faciliter la mobilité des biens et des personnes. Développer des espaces inclusifs pour l’ensemble des modes de transport, dont la micro-mobilité fait partie, c’est aussi dynamiser les échanges sociaux et promouvoir les commerces locaux.